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Les taux négatifs ou le surréalisme financier

mars 18
Les taux négatifs ou  le surréalisme financier

25% des dettes émises par les gouvernements de la zone euro offrent actuellement un rendement négatif.

Autrement dit en prêtant de l’argent par exemple au gouvernement allemand, non seulement le « prêteur » ne touche pas le moindre intérêt mais en plus il doit payer ce gouvernement pour qu’il daigne accepter l’argent du « prêteur ». C’est unique dans l’histoire.

Pourquoi un détenteur de cash est-il prêt à payer pour « prêter » son argent ? Il le fait parce qu’il estime qu’il n’a pas de meilleure alternative.

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La première question pour un gros détenteur de cash est de savoir où le garder en sécurité ? Le plus sûr est de le garder auprès de la Banque Centrale Européenne (BCE) mais celle-ci a décidé de faire payer le service de gardiennage du cash (officiellement afin d’inciter les banques à prêter plutôt que de thésauriser). Une autre option est de le confier à plus ou moins long terme à certains Etats de la zone euro réputés « sûrs » et comme de nombreux détenteurs de cash choisissent cette option, les gouvernements font eux aussi payer cette option. Un autre argument pour choisir des dettes souveraines plutôt que le cash est que la réglementation incite les banques à détenir des dettes souveraines pour lesquelles elles ne doivent pas conserver beaucoup de fonds propres.

On comprend immédiatement qu’une banque détentrice de bonne dette souveraine n’a aucune raison de la vendre à la BCE et de se retrouver avec du cash.

Une autre option pour un gros détenteur de cash est d’acheter des actions. On a vu le DAX battre tous les records ces derniers temps. Cela n’a rien à voir avec la santé de l’économie allemande qui est nettement moins bonne qu’on pourrait le croire, mais c’est une conséquence de l’environnement de taux négatifs engendrés par les banques centrales.

Certains détenteurs de cash sont tellement désespérés de trouver un placement qui rapporte un tant soit peu qu’ils se sont même rués sur des titres adossés à des prêts subprime accordés à des gens à faibles revenus afin qu’ils achètent une voiture (1). Le mot subprime devrait pourtant rappeler les pires choses …

Notons au passage que l’option qui consisterait pour une banque à prêter pour soutenir l’économie réelle est considérée comme très risquée. Les banques qui n’utilisent pas les mêmes lunettes roses que les media conventionnels sont bien conscientes de la faiblesse de l’économie réelle et personne ne peut forcer une banque à prêter.

Ainsi la BCE abreuverait le marché de liquidité via le QE afin de lutter contre la soi-disant terrible déflation. Et c’est à cause de cela que l’euro aurait plongé. On a vu que ce programme de rachat est un flop et on comprend pourquoi.

Le dollar s’est renforcé principalement parce que dans un monde où plus d’une vingtaine de grandes banques centrales baissent leur taux, le marché est convaincu que la banque centrale américaine, la Fed, va elle remonter ses taux en juin car officiellement l’économie US va de mieux en mieux. Et les investisseurs veulent être en dollar le jour où cette remontée des taux américains se produira. En attendant, la bourse américaine pulvérise tous les records (grâce au High Frequency Trading Programs et aux rachats par les entreprises de leurs propres actions, le tout alimenté par les liquidités créées par la Fed), les taux à 10 ans avoisinent les 2% alors qu’ailleurs ils sont proches de 0% et sur le marché des futures les hedges funds parient massivement pour un renforcement du dollar.

Dans un prochain billet, nous plongerons plus profondément dans la 4ème dimension financière en explorant le monde opaque des produits dérivés et du cruel manque de gages financiers, engendré par les politiques des banques centrales.

Le Banquier Anonyme

(1) http://www.zerohedge.com/news/2015-03-16/sign-times-santander-floats-first-deep-subprime-deal-crisis

 

Posted by on 18 mars 2015 in Non classé

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