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Le marché obligataire entame-t-il son sevrage ?

juin 11
Le marché obligataire entame-t-il son sevrage ?

Depuis mars dernier, le marché des titres souverains (dettes émises par les Etats) a perdu 625 milliards de USD.

Un carnage !

Plus que jamais auparavant, les banques centrales jouent un rôle déterminant sur les marchés. On se souvient par exemple qu’à la mi-2012, Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne (BCE) avait déclaré qu’il « ferrait ce qu’il faut pour défendre l’euro », ce qui avait propulsé ce dernier dans la stratosphère où il est resté jusqu’au début de la politique de création monétaire (quantitative easing) de la BCE.

L’erreur serait toutefois de croire que les banques centrales peuvent résoudre les problèmes alors qu’au contraire, leurs actions consistent à tenter de gagner du temps et surtout à déclencher les vagues de la crise.

Mario Draghi, a déclaré, le 3 juin dernier que la BCE allait maintenir son plan de rachat mais que « la volatilité allait durer ». Le genre de déclaration qu’un marché obligataire addict aux liquidités des banques centrales ne peut ignorer et, en effet, la réaction a été ultra-violente :

Voir par exemple la courbe des taux à 10 ans de la dette souveraine allemande :

20151006taux10ybond

Le lecteur peut constater lui-même (zone en rouge sur le graphique) que depuis 2008, il n’y a jamais eu une variation aussi brutale du taux lié à la dette allemande, réputée comme une des moins risquées au monde.

Est-ce important ? De même que de la fumée sortant d’un volcan endormi, suivie de petits tremblements de terre sont des signes avant-coureurs d’une catastrophe, la volatilité sur les taux est un signe annonciateur de grandes turbulences. En l’occurrence, cette volatilité montre au un marché que l’impensable est en train de se produire; une bouffée d’angoisse vient de saisir les détenteurs de dettes souveraines : « et si la BCE ne parvenait pas à racheter assez de dettes à des prix artificiellement élevés ? ».

Le plus petit trader sait que des taux souverains négatifs ou ultra bas ne reflètent en aucun cas la santé du pays émetteur, que ces taux sont artificiels et que sans l’action des banques centrales, ces taux seraient considérablement plus élevés. Alors, s’il y a le plus petit doute sur la capacité des banques centrales à maintenir les taux au plancher (ou sous le plancher), mieux vaut ne pas être le dernier vendeur, d’où la brutalité des mouvements !

En temps normal, sur les marchés il y a des acteurs avec des vues opposées et les échanges se font entre eux. Actuellement le marché est complètement déformé et l’ensemble des acteurs prennent des positions en fonction des actions et décisions des banques centrales, tels des papillons de nuit, ils volent tous dans la même direction, les yeux rivés sur la lumière des banques centrales. Si elle vient à faiblir, c’est la débandade.

En apparence, la liquidité est là: des robots (algorithme de trading) sont toujours prêts à acheter vos titres mais seulement en quantité limitée (on dit que le marché manque de profondeur) et les acteurs craignent que cette liquidité ne disparaisse lorsqu’ils en auront vraiment besoin (il ne se trouvera personne pour acheter).

Dans le cas de la dette allemande, les acteurs de marchés ont constaté que suite à la politique de rachat de la BCE, les taux courts terme sont devenus négatifs et donc que pour maintenir son quota d’achat, la BCE allait devoir acheter des dettes avec de plus longues échéances. Ils ont donc pris des positions en conséquences (achats de titres long terme pour pouvoir les revendre plus cher à la BCE) ce qui a renforcé le phénomène (on parle de prophéties auto-réalisatrices). Mais cette stratégie peut s’inverser en un éclair ; dès que les taux montent, les possibilités de rachat de la BCE s’élargissent et les traders prennent des positions inverses, ce qui accentue le phénomène. C’est ainsi que l’on voit des variations très brutales.

C’est alors qu’intervient un deuxième phénomène qui va accentuer le premier : le pic de volatilité provoque ce que l’on appelle un choc de VaR (*)

De très nombreuses institutions financières ont une politique d’achat basée sur leur VaR qui est un indicateur correspondant au montant de pertes qui ne devrait être dépassé qu’avec une probabilité donnée sur un horizon temporel donné. Par exemple si un portefeuille à une VaR un jour de 5% et de 1 million d’euros, cela veut dire qu’il y a un risque de perdre au moins 1 million d’euros pendant un jour dans les 20 prochains jours (1/20=5%). Les investisseurs prennent des positions et calculent leur Var afin de la maintenir sous un certain seuil. Lorsque la volatilité est basse (quand les banques centrales dominent le marché), des investisseurs peuvent prendre des positions importantes. Mais dès que la volatilité survient, leur VaR grimpe et ainsi, afin de la maintenir sous un niveau acceptable, ils doivent clôturer brutalement des positions (ce qui accentue encore plus la volatilité et donc la VaR).

Ce qui se passe sur les marchés obligataires pourrait bien être les prémisses d’un mouvement de très grande ampleur, correspondant à une prise de conscience des marchés que la drogue des banques centrales n’agit plus.

Le Banquier Anonyme

(*)http://fr.wikipedia.org/wiki/Value_at_risk

 

Posted by on 11 juin 2015 in Non classé

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