Non à Areva : en Inde, la contestation enfle contre un projet nucléaire

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Dites non au nucléaire. Nous ne voulons pas être malades. Dans le village de pêcheurs de Sakhri Nate, il n’est pas difficile de savoir ce que les habitants pensent du projet de construire la plus grande centrale nucléaire au monde, juste à côté de chez eux.  Le slogan en hindi écrit sur une bâche couvrant une cahute vendant du thé et des en-cas est un message adressé au géant français du nucléaire, Areva, qui a signé un accord de l’ordre de 7 milliards d’euros pour fournir les premiers réacteurs EPR à l’Inde.  Non à Areva dit un autre slogan en anglais inscrit à la craie sur un mur. L’opposition au projet nucléaire de Jaïtapur, dans l’ouest de l’Inde, est de plus en plus virulente dans cette partie de la région de Konkan, où la population vit de la pêche et de l’agriculture depuis des générations.

Comme chez de nombreux habitants de cette région côtière reculée, à environ 400 km de Bombay, le discours d’Abdul Majod, un pêcheur de 45 ans, est bien rôdé: au moins 5.000 personnes travaillent sur environ 600 bateaux pour ramener chaque jour 50 tonnes de poisson frais, crevettes et calamars. Si la centrale est construite, tous ces emplois seront menacés, prévient-il.  Une fois qu’ils mettront en place les tubes (dans lesquels circule de l’eau pour le circuit de refroidissement des réacteurs qui est ensuite rejetée dans la mer, ndlr), nous ne pourrons plus sortir pêcher, dénonce-t-il en désignant la mer d’Arabie.  L’eau chaude de la centrale va affecter les réserves de poissons, il y aura de la pollution. C’est totalement hors de question, dit-il.
A terme, le site de Jaïtapur devrait produire près de 10.000 mégawatts fournis par six EPR.

D’autres veulent protéger les exportations les plus célèbres du village: la mangue Alphonso au goût exquis appelée ici la reine des fruits et récoltée sur 938 ha de terres rocailleuses devant être utilisées pour la centrale.  Le principal commerce ici, c’est le poisson et les mangues. Si tout ça disparaît, qu’allons-nous vendre ? Comment allons-nous gagner de l’argent ?, s’inquiète Mahesh Karankar, un commerçant de 32 ans dans le village de Jaïtapur.

La contestation, qui dure depuis quatre ans, s’est durcie depuis le séisme et le tsunami au Japon le 11 mars qui a endommagé la centrale de Fukushima, entraînant une révision de la sécurité des installations nucléaires dans le monde entier et à un appel à stopper l’expansion atomique de l’Inde.    ‘Inde veut augmenter la part du nucléaire dans sa production énergétique de 3% à 13% d’ici 2030.  Pravin Gaonkar, un pêcheur et agriculteur de 57 ans à la tête du mouvement de contestation, affirme que les inquiétudes ont été amplifiées par la crise au Japon car la région de Konkan est également sujette aux activités sismiques.  Signe de ce durcissement, les manifestations jusque là pacifistes ont tourné à l’émeute. Lundi, la police a ouvert le feu sur des opposants qui attaquaient un poste de police, faisant un mort et plusieurs blessés.
Les obsèques mercredi de la victime, Tavrez Sejkar, ont rassemblé plusieurs milliers de personnes dans le cimetière du village de Sahkri Nate, à majorité musulmane. L’imam a considéré qu’il était un martyr.

Un parti nationaliste hindou au passé émaillé de violences, le Shiv Sena, a été soupçonné d’être derrière la radicalisation du mouvement. Un membre local du parlement de l’Etat du Maharashtra, soupçonné d’avoir pris part aux émeutes, a été arrêté.  Les observateurs ont comparé la situation actuelle avec celle de Singur, dans l’Etat du Bengale occidental, où Tata Motors avait dû abandonner son projet d’usine automobile pour la Nano, la voiture la moins chère du monde, après de violentes manifestations de paysans soutenus par des partis politiques locaux.

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