Le Japon en quête de robots capables d’intervenir à Fukushima

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Le Japon est peut-être en pointe pour concevoir des robots humanoïdes aux performances étonnantes dont ses dessins animés sont peuplés, mais, à ce jour, il a dû s’en remettre à des appareils venus de l’étranger pour l’aider à faire face à la catastrophe nucléaire qu’il traverse. L’opérateur de la centrale accidentée de Fukushima Daiichi, à 250 km au nord-est de Tokyo, a envoyé deux robots américains Packbot pour examiner des zones où les hommes ne peuvent pénétrer en raison de niveaux de radiations trop élevés. Des robots mis au point par la filière nucléaire française ont aussi été mis à la disposition des Japonais.

En dépit d’un parc d’une cinquantaine de réacteurs nucléaires, le gouvernement japonais n’a jamais encouragé la recherche dans les robots spécialisés pour ce type de désastres, soulignent les experts. Pourquoi cela ? Parce que le Japon a longtemps vécu dans l’illusion qu’une catastrophe nucléaire ne pouvait survenir sur l’archipel. Mais s’agissant des “robots à usage individuel, il y a un marché et les grands groupes continuent à investir sans relâche”, explique Hajime Asama, professeur d’ingénierie à l’Université de Tokyo et membre d’un groupe de travail sur le sujet mis en place après le tsunami du 11 mars. Aux Etats-Unis, l’armée investit massivement dans la recherche sur ce type de robots.

Pour Satoshi Tadokoro, enseignant à l’université Tohoku et membre du même groupe de travail, plusieurs types de robots distincts seraient nécessaires dans la centrale accidentée.  En attendant l’appareil adapté à ce type de situation, ces experts recommandent néanmoins l’utilisation d’un robot de conception japonaise, le compact Quince. Cet appareil est doté de deux chenilles principales et de quatre autres, plus petites, qui peuvent être ajustées en hauteur pour permettre de monter un escalier ou de progresser sur des débris.
Dans la centrale, au deuxième et au troisième étage, il y a de nombreux débris et les surfaces ont pu être rendues glissantes par l’eau. “Je pense que Quince est le mieux adapté dans ce contexte”, explique le Pr Tadokoro.  Pour sa part, Tepco étudie la possibilité de l’utiliser mais ne s’est pas engagé sur un calendrier. Tepco juge qu’il faudra trois mois pour que le niveau de radiations commence à baisser et trois à six mois supplémentaires pour réduire les fuites radioactives à un niveau très bas.

Le célèbre robot humanoïde Asimo, développé par Honda, ne pourrait-il pas travailler au coeur de la centrale et mener à bien de délicates missions sans craindre des radiations extrêmement dangereuses pour l’homme? Il est encore beaucoup trop tôt pour l’envisager, répondent à l’unisson les experts. Interrogé par un internaute sur la possibilité pour Asimo d’intervenir au cœur de la centrale, le constructeur automobile nippon a expliqué sur son site internet qu’à son grand regret, l’heure n’était pas encore venue.  “Il a été développé pour être utile aux humains à l’avenir mais, à ce jour, malheureusement, la technologie n’a pas atteint un niveau tel qu’il puisse faire ce que vous demandez”.
Kazuhito Yokoi, vice-directeur de l’Institut de recherche sur les systèmes intelligents, qui a développé le robot humanoïde dansant HRP-4, rappelle l’immense chemin qui reste à parcourir. “Il a fallu environ trois ans pour développer ce robot, mais, comparé à un humain, il ne fait encore que des pas de bébé”.  “Pour arriver à un robot de ce type qui puisse effectivement travailler à Fukushima, il faudra encore beaucoup de recherche et développement…”

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