Le flou artistique des banquiers de la Fed – Gagner du temps et maintenir l’illusion qu’il y aura une fin prochaine de crise

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La banque centrale des Etats-Unis (Fed) recommence à parler publiquement de la perspective encore assez lointaine de la normalisation de sa politique monétaire. Les minutes de son dernier Comité de politique monétaire (FOMC) publiées le 18 mai montrent que ses dirigeants “se sont mis d’accord”, les 26 et 27 avril, “sur plusieurs principes devant guider la stratégie de retour à la normale” de la Réserve fédérale.  Pour rappel : au début du printemps 2010, cette “stratégie de sortie” de crise avait été reléguée au second plan au fur et à mesure que la Fed élaborait de nouveaux plans pour contrer le ralentissement de l’activité et de la hausse des prix. Ceux-ci ont pris corps en novembre avec un nouveau programme de rachats d’obligations du Trésor américain devant courir jusqu’au 30 juin… donc très prochainement.

La reprise étant toujours fragile et le chômage élevé, les minutes précisent néanmoins que cela “ne signifie pas que l’amorce de ce processus aura lieu nécessairement bientôt”… autrement dit les banquiers centraux parleraient pour ne rien dire. Là encore, comme dans le précédent article, le bourrage de crane est identique : il faut rassurer les investisseurs. Nous détruisons le dollar, nous anéantissons le pouvoir d’achat de nos créanciers qui ont eu l’insouciance d’acheter notre monnaie, mais il ne faut pas paniquer car nous nous arrivons au moment où nous vous promettons de faire BIENTÔT comme si tout allait très bien, comme si nous allions reprendre un processus normal. En attendant, le Comité se réserve la possibilité de lancer de nouveaux rachats d’obligations d’Etat en cas de détérioration de la conjoncture. Franchement, de qui se moque t-on ?

Une nouveauté… l’inflation !  En effet, les banquiers centraux américains disent que leur marge de manœuvre risque d’être limitée par la progression de l’inflation, qui pourrait rendre dangereux un nouvel assouplissement monétaire.

Quand elle rachète des obligations du Trésor, la Fed crée des dollars qu’elle injecte dans le circuit financier, et le programme en cours devrait finir par ajouter 600 milliards aux plus de 1.700 milliards que la Fed a consacré à des rachats de titres financiers de l’automne 2008 à l’été 2010. Les rachats d’obligations d’Etat servent, eux, à assurer que les taux d’intérêts à moyen et long terme soient aussi bas que possible.

La stratégie de sortie doit définir la façon dont la Réserve fédérale reprendra ces sommes qui, si elles sont laissées dans le système, risquent d’alimenter à terme une hausse des prix excessive. La sortie de crise passera aussi par l’amorce d’un cycle de hausse du taux directeur de la Fed, maintenu quasi nul depuis décembre 2008 afin de caler au plancher les taux d’intérêts à court terme qui lui sont corrélés.

Entendons bien : la Fed dit : ne vous inquiétez pas, la crise est finie, enfin presque ! Concluons que malgré tout le tapage médiatique des grands journaux financiers inféodés aux banques d’affaires de Wall Street, le resserrement monétaire ne commencera pas le 30 juin !  Un de ses dirigeants, James Bullard, a rappelé que l’institution comptait alors marquer une pause qui “donnera au Comité le temps nécessaire pour évaluer la conjoncture”. La première étape du resserrement, “modeste”, consistera à cesser le réinvestissement des titres échus, selon le consensus exprimés dans les minutes du dernier FOMC. Sans toucher à son taux directeur la Fed se contenterait de réinvestir en obligations du Trésor les titres financiers immobiliers qu’elle détient au fur et à mesure qu’ils arrivent à échéance, afin d’assurer que son concours financier à l’économie reste à l’étale. La deuxième étape, selon la préférence de la “majorité” des dirigeants serait le relèvement du taux directeur. Certains membres de la Fed plaident publiquement pour que cela ait lieu avant la fin de l’année, mais ils sont très isolés. Le retrait des liquidités injectées n’interviendrait que plus tard, selon des modalités restant encore à définir. Oui, vous l’avez bien compris : PLUS TARD…

L’Arlésienne

Définition : Celle / celui / l’action qu’on attend et qui ne vient jamais. Une chose dont on parle mais qui n’arrive ou ne se produit jamais. On la doit à Alphonse Daudet qui la fait apparaître dans un conte en 1866, avant qu’il soit mis en musique six ans plus tard par Georges Bizet dans un opéra où le personnage qui lui donne son titre n’apparaît jamais sur scène.
Dans cette histoire, un jeune homme, Jan, veut épouser une jeune Arlésienne dont il est tombé amoureux après l’avoir rencontrée une seule fois. Des fiancailles, une grande fête, sont même organisées, mais en l’absence de la ‘fiancée’.  Puis, au cours de la soirée, un homme arrive qui lui indique ainsi qu’à son père que la fille était sa promise et n’était qu’une ‘coquine’.  Désespéré Jan devient longtemps taciturne puis, pour donner le change à sa famille, fait la fête mais sans oublier pour autant sa belle. Il finit par se suicider sous les yeux de sa mère.
C’est de cette personne attendue sans cesse et qui ne vient pas que, par extension, l’Arlésienne a fini par désigner toute personne ou chose qu’on attend et qui ne se présente ou n’arrive jamais.

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