Les pays asiatiques et l’après 02 août 2011

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Dans le contexte de bras de fer entre l’administration de Barack Obama et les républicains du Congrès sur l’augmentation du plafond de la dette publique, le ton des déclarations officielles des gouvernements, des milieux d’affaires et des sphères boursières de la Chine, de la Corée et du Japon est le suivant: il n’y aura probablement pas de “défaut de paiement technique”, et même si c’était le cas, il ne faut pas s’attendre à des troubles.

En réalité, les principaux détenteurs d’obligations américaines, avant tout la Chine (plus de 1.150 milliards de dollars) et le Japon (890,3 milliards de dollars), qui se partagent 40% de la dette publique américaine, s’attendent à des temps difficiles. On voit les mêmes dispositions dans d’autres pays, par exemple en Corée du Sud ou en Inde, qui conservent la majeure partie de leurs réserves monétaires en dollars américains.

La logique est simple : le défaut de paiement ou une tension importante engendrée par son attente augmenteront la volatilité des marchés financiers et provoqueront une montée en flèche des taux d’intérêt et une diminution du taux de change du dollar. Comme l’a déclaré au Wall Street Journal Zhang Ming, directeur adjoint du département de finance internationale au sein de l’Institut de politique et d’économie mondiale de l’Académie des sciences sociales de Chine, cela pourrait “tuer les faibles pousses de la reprise économique” en Asie, qui commencent seulement à apparaître après la crise mondiale.

“Pas d’autre choix”

Par ailleurs, la Chine n’a pas l’intention de suspendre les achats d’obligations du Trésor américain dans un avenir proche, en dépit du risque de défaut de paiement des Etats-Unis. Comme l’a récemment écrit le journal Renmin Ribao en se référant au centre gouvernemental de recherche, “Pékin n’a pas d’autre choix que de continuer à acheter de la dette américaine, car la Chine veut que le dollar soit stable. Et les obligations américaines demeurent l’un des produits d’investissement les plus liquides sur le marché, compte tenu des immenses réserves de change de la Chine”.

Le Japon, dont la dette publique a atteint 200% du PIB, est également conscient qu’il n’existe pas d’alternative aux obligations américaines. Or, le pays devra dépenser beaucoup d’argent pour éliminer les conséquences de l’ouragan et du tsunami qui ont frappé le Japon en mars, laissant dans leur sillage des dommages estimés entre 16.000 et 25.000 milliards de yens, soit 195-305 milliards de dollars.

L’augmentation du taux de change du yen enregistré au cours des derniers jours est due à sa réputation de havre de paix aux yeux d’une partie des investisseurs. Cependant, l’augmentation du yen signifie une hausse des prix des exportations japonaises. Par exemple, Toyota et d’autres constructeurs automobiles japonais, qui dégagent le gros de leurs bénéfices sur le marché nord-américain, pourraient subir d’énormes pertes en raison de la chute de la production et de l’augmentation du chômage.

Le fait que les économies de la majorité des pays d’Asie orientale soient orientées sur les exportations pourrait conduire à une diminution de la demande de leurs produits aux Etats-Unis et provoquer des phénomènes de crise dans le commerce mutuel. Cela se traduirait par une aspiration plus ferme à supplanter le dollar au sein du système de règlement réciproque.

Les pays développés d’Asie étaient prêts à lancer un défi à la monnaie américaine avant les imbroglios liés à l’attente du défaut de paiement. Ainsi, lors d’un sommet asiatique dans le cadre du dialogue trilatéral Stratégie-2020 en mai 2011, les ministres des Finances chinois, japonais et sud-coréens ont pris la décision d’augmenter la part de leurs monnaies nationales dans les transactions commerciales en Asie Nord-Est et “partout où c’est possible” . L’affaiblissement du rôle de la monnaie américaine en Asie-Pacifique, locomotive de la croissance économique mondiale, se reflètera forcément sur sa situation dans le reste du monde. (Source: Vladimir Petrovsky)

2 Commentaires

  1. il faut aussi compter sur le fort mécontentement des populations de ces pays comme la ruée des gens sur les banques en Corée il n’y a pas si longtemps accompagnée de fortes grèves, les manifestations à répétition en Chine, le peuple Japonnais qui traverse une periode de très grande difficultée. Ca il va falloir le contenir, ca fait du monde.

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