Le dogme qui a donné lieu à la division du monde surnaturel – Partie 5

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Par ce qui précède, il est évident: 1) que Lucifer n’a pas pêché en ambitionnant d’être égal à Dieu. Il était trop éclairé pour ignorer qu’il est impossible d’égaler Dieu, puisqu’il est impossible qu’il y ait deux infinis. Il n’a pu avoir un pareil désir, attendu que toute créature désire, avant tout et invinciblement, sa conservation. Aussi le prophète Isaïe ne lui fait pas dire: Je serai égal, mais: Je serai semblable à Dieu.
Il est évident 2) que Lucifer a péché en désirant d’une manière coupable la ressemblance avec Dieu. C’est ainsi qu’il désirait l’union hypostatique, l’office de médiateur et la place réservée à l’humanité du Verbe, comme lui convenant mieux qu’à la nature humaine, à laquelle il savait que le Verbe devait s’unir. Vouloir s’en emparer était donc de sa part un acte de rapine. Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ l’appelle voleur.

En outre, lorsque Jésus dit aux juifs (rapporté chez saint Jean): “Il fut homicide dès le commencement” il entend par cet homicide primitif l’antique haine de Satan contre le Verbe. Pour en venir à bout, Satan emploiera tous les moyens de faire mettre à mort ce même Verbe de Dieu, revêtu de la nature humaine. Homicide devant Dieu il le deviendra devant les hommes, en faisant mourir par la main des juifs l’objet éternel de sa haine…
Ce qui nous conduit à cette conclusion:
“Avant sa chute, Lucifer connaissait les adorables personnes de la sainte Trinité, et il les aimait. Trop grandes étaient ses lumières pour lui permettre d’être jaloux de Dieu, moins encore d’avoir la prétention de le devenir. Alors il se tenait dans la vérité. Mais, quand il sut que le Verbe devait s’unir à la nature humaine, afin de la diviniser, et, en la divinisant, l’élever au-dessus des anges, au-dessus de lui-même, Lucifer: alors il ne se tint pas dans la vérité. L’orgueil entra en lui; l’orgueil amena la révolte; la révolte, la haine; la haine, la chute. L’homme a donc été l’objet de la jalousie de Lucifer. “C’est par la jalousie qu’il eut contre l’homme, dit saint Irénée, que l’ange devint apostat et ennemi du genre humain.” Mais cette envie, cette jalousie ne concernait pas la dignité naturelle de l’homme puisque l’ange est créé d’une manière plus parfaite que l’homme. Une seule chose élevait l’homme au-dessus de l’ange et pouvait exciter sa jalousie: l’union hypostatique.
Le dogme de l’Incarnation apparaît ainsi comme le fondement et la clef de tout le genre humain, aussi dans l’ordre de la nature que dans celui de la grâce.
Descendue de Dieu, toute la création, matérielle, humaine et angélique, doit remonter à Dieu; car le Seigneur a tout fait pour lui et pour lui seul. Mais une distance infinie sépare le créé de l’incréé. Pour la combler, un médiateur est nécessaire, et, puisqu’il est nécessaire, il se trouvera. Formant le point de jonction et comme la soudure du fini et de l’infini, ce médiateur sera le lien mystérieux qui unira toutes les créations entre elles et avec Dieu. Quel sera-t-il? Évidemment celui qui ayant fait toutes choses, ne peut laisser son ouvrage imparfait: ce sera le Verbe éternel. A la nature divine il unira hypostatiquement la nature humaine, dans laquelle se donnent rendez-vous la création matérielle et la création spirituelle. Grâce à cette union, dans une même personne, de l’Etre divin et de l’être humain, du fini et de l’infini, Dieu sera l’homme, et l’homme sera Dieu. Ce Dieu-homme deviendra la déification de toutes choses, principe de grâce et condition de gloire, même pour les anges, qui devront l’adorer comme leur Seigneur et maître.
Rapide comme la foudre, la justice frappe le rebelle et ses complices, dans ces dispositions coupables qui, en éternisant leur crime, éternisent leur châtiment. Tel est le grand combat dont parle saint Jean.
Le ciel en fut le premier théâtre: la terre en sera le second.

(Traité du Saint-Esprit, Mgr Gaume, Tome 1, pp. 54 à 68)

EXTRAIT DU TRAITE DU SAINT-ESPRIT – Mgr Gaume

 

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