Réflexions sur la peinture du Caravage (1571-1610)

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Les disciples d’Emmaüs ont rencontré le Seigneur ressuscité mais ne L’ont pas encore reconnu. Ils ont parlé avec Lui, mais n’ont pas encore réussi à découvrir son vrai visage. Tout se résout lorsqu’ils décident de manger avec cet étranger.

Au moment de la bénédiction et de la fraction du pain, tout devient clair, manifeste, sans équivoque : c’est Lui, c’est vraiment Jésus !

Sur la scène, il y a une table remplie d’une excellente nourriture. Il y a du gibier, du pain, des fruits. L’eau et le vin ne manquent pas.

Certaines choses frappent tout de suite l’œil : le regard apparemment indifférent de Jésus et l’attitude des trois disciples.

Le disciple de droite parle encore de ce qui s’est passé, c’est-à-dire de la crucifixion de leur maître ; celui qui est debout commence peut-être à comprendre que cet étranger a quelque chose de mystérieux… et celui qui est devant semble avoir déjà tout compris, à tel point que son regard, bien que non visible, montre un étonnement évident et qu’il se lève même de sa chaise. Ils représentent les trois stades de la perfection chrétienne.

Or, les trois disciples regardent dans la même direction cet étranger qui bénit la nourriture…

Un dernier détail : il y a une ombre anormale que l’on peut apercevoir sur le mur du fond.

Comme nous le disions : le regard de Jésus est détaché, il semble même indifférent. Il semble presque que Jésus veuille souligner que ce qu’Il fait est quelque chose d’ordinaire, alors qu’en fait il n’en est rien.

C’est dans ce geste, qui semble être quotidien, que la question se résout pour ces pauvres disciples, saisis de tristesse parce qu’ils pensaient que suivre Jésus avait été une erreur.

Cela se produit aussi dans nos vies. Ce n’est pas seulement au moment où nous nous y attendons le moins que le surnaturel fait irruption dans nos vies ; mais il arrive dans le vent doux d’Élie (1Rois 19), c’est-à-dire dans les choses quotidiennes les plus simples et les plus évidentes.

Ainsi, nous voyons que les trois disciples ont trois attitudes différentes.

Trois attitudes différentes, mais un seul regard.

Cela signifie aussi que tout homme, quel que soit l’état de compréhension dans lequel il se trouve, a en lui un désir inéluctable : le désir de finaliser son existence, de donner un but raisonnable à sa vie.

Il y a, cependant, une ombre plutôt étrange sur le mur du fond. Étrange, car elle ne reproduit pas exactement la forme de Jésus.

Elle est également étrange parce qu’il ne semble pas y avoir de lumière qui éclaire les personnages de l’extérieur, mais (un détail qui distingue les tableaux du Caravage) la lumière sort du centre de la scène et du visage des personnages.

De plus, nous savons que le Caravage est extrêmement précis dans sa description des formes ; or l’ombre n’a pas de forme précise. Pourquoi ?

Si vous êtes attentifs, il y a même un point dans l’ombre qui pourrait être (mais n’est pas) la projection de l’index de la main droite de Jésus. Ce n’est pas le cas, car les formes ne correspondent pas.

Et alors ?

Une interprétation classique veut que dans cette ombre anormale, nous pourrions voir une autre constante de la vie : ceux qui la menacent, ceux qui ne veulent pas notre bien, notre sainteté, notre reconnaissance de Jésus comme Seigneur de tout.

Ceux-ci ont un nom : le diable.

 

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