L’Extrême-Onction peut sauver la vie de l’âme et du corps

18951

Le Général de Caulaincourt conduisant la charge des cuirassiers à la bataille de la Moskova, le 7 Septembre 1812. C’était à la sanglante bataille de la Moskowa, où Russes et Français s’étaient battus avec un acharnement farouche. Le général de Caulincourt venait d’enlever les positions ennemies pour la troisième fois lorsque la cavalerie française, ayant à sa tête le capitaine Bakel, entra comme un ouragan dans les murs de Borodino. Les Russes la saluèrent par une terrible décharge d’artillerie. Le capitaine Bakel, blessé à la jambe et à l’épaule, tomba de cheval. Ses soldats le relevèrent et l’emportèrent aussitôt au pas de course sous une pluie de balles. Peu à peu, le silence se fit sur le champ de bataille… et le vaillant capitaine, ouvrant les yeux, sourit en entendant le clairon français sonner la victoire.

« Nous sommes vainqueurs, murmura-t-il… J’y comptais bien ! »

Cependant le chirurgien mandé en hâte auprès du blessé laissa passer vingt-quatre heures avant de venir à son chevet, tant sa tâche était immense. Comme le sang ne coulait plus, le major put extraire assez facilement la balle logée dans l’épaule. Il allait se retirer en félicitant le blessé de son courage quand celui-ci ajouta : « Et ma jambe, vous ne la regardez pas ? — Comment, dit le chirurgien, une jambe encore après l’épaule ! Vous faites du luxe !» Et se penchant à nouveau sur le brancard il découvrit le membre malade. Quel effroyable engin avait pu réduire le pied en cet état ? Le cuir des bottes, les chairs hachées, les os broyés, tout cela formait une horrible plaie affreuse à voir.
« Mon Capitaine, dit le major, il n’y a qu’une planche de salut ; et sans hésiter… C’est de vous couper la jambe. »
Bakel se redressa comme galvanisé. « Jamais, s’écria-t-il ! Je préfère mourir ! »
« Vos préférences n’ont rien à voir là-dedans, mon ami, reprit le chirurgien. Il s’agit de vous sauver la vie et je ne puis le faire qu’à cette condition. La gangrène commence à monter vers le genou ; il faut absolument vous amputer. »

Le jeune officier, qui semblait n’avoir plus qu’un souffle de vie, saisit pourtant, de sa main valide, un fusil appuyé au chevet de sa couche et, le prenant par le canon, en fit un terrible moulinet qui fit s’écarter tout le monde à la ronde !
« Je casse la figure au premier qui touche ma jambe », s’écria-t-il.
« Laissons-le tranquille, dit le major… La fièvre lui monte au cerveau ! D’ailleurs je ne suis pas sûr du tout de lui sauver la vie en lui coupant la jambe… Il sera sans doute mort ce soir ! » Et il se retira.
Après son départ, le capitaine replaça l’arme à ses côtés et appelant un soldat qui servait d’infirmier, lui dit : « Panse-moi comme tu pourras puis va chercher un prêtre. J’en ai vu un qui traversait les lignes pendant que nous nous battions. Trouve-le au plus vite et amène-le moi. »

Quelques instants plus tard un aumônier militaire, la soutane toute déchirée et maculée de taches de sang, était au chevet du capitaine et entendait sa confession.
« Maintenant, dit le mourant, donnez-moi aussi l’Extrême-Onction. »
« C’est difficile, mon ami, répondit le prêtre. Les saintes huiles sont dans ma chapelle de campagne et le convoi est resté à l’arrière ! »
« Mais n’y a‑t-il pas une église catholique à Borodino ? » demanda le capitaine.
« Peut-être… »
« Eh bien, mon Père, allez‑y vite ! Je ne veux pas partir pour l’autre monde sans avoir ma feuille de route en règle ! »
Le soir même, le blessé reçut avec une foi profonde le sacrement qui console et fortifie les malades et achève de purifier l’âme de ses souillures.
« Je ne sais pas, M. l’Aumônier, dit le blessé, pendant qu’on baignait une nouvelle fois son pauvre pied broyé. J’ai demandé l’Extrême-Onction pour avoir la grâce de bien mourir et cependant… il me semble que je vais beaucoup mieux ! »
Le lendemain en effet, le chirurgien stupéfait de trouver le capitaine encore vivant, lui offrit de nouveau ses services pour une amputation qui laissait encore quelque chance de succès. Le regard du blessé suffit comme réponse ! L’aumônier revint. « Mon Père, lui dit le capitaine, je souffre le martyre, mais je crois que je guérirai, l’Extrême-Onction m’a fortifié le corps et l’âme ! »
De fait, lentement les plaies se cicatrisèrent ! Quand la guérison fut complète, le major fut obligé de changer de régiment, car chaque fois que Bakel le rencontrait, il le montrait à ses camarades et disait : « Voyez-vous cet excellent homme ? Eh bien, ce n’est pas de sa faute si j’ai mes deux jambes aujourd’hui ! »

Dans la suite, l’officier, parfaitement rétabli, poursuivit sa carrière et arriva au grade de colonel. C’est à ce titre qu’il se trouvait, en la terrible année 1815, à Waterloo. La bataille n’était pas encore perdue… Soldats et officiers faisaient des prodiges de bravoure pour sauver l’honneur de leur patrie. Bakel, blessé au visage, à l’épaule et à la jambe, ruisselait de sang sur son cheval mais ne bronchait pas. Sabre au clair il commandait la charge ! Soudain l’Empereur mit son cheval au galop, détacha la Croix d’honneur qui décorait sa poitrine et l’épinglant sur celle du colonel, lui dit : « Bakel, tu es un brave ! »
Au même instant l’officier s’évanouissait et tombait dans les bras d’un de ses hommes. On l’emporta à l’ambulance et, de là, à l’hôpital. Quand il revint à lui il vit un prêtre qui le bénissait et un chirurgien qui le regardait d’un air qui semblait dire : « Il est perdu, le pauvre colonel ! »
Alors Bakel fit un effort prodigieux et murmura :
« Monsieur l’Abbé, donnez-moi l’Extrême-Onction. C’est mon remède ! Elle aide à bien mourir mais aussi à mieux vivre ! »
Le prêtre se rendit au désir du blessé et lui administra le sacrement. Le capitaine entendit confusément les paroles : « Seigneur, ayez pitié de votre serviteur… Pardonnez-lui ses péchés. Accordez-lui la guérison et la vie pour qu’il vous serve plus fidèlement si telle est votre volonté… »
Le soir de ce jour Bakel prit un bol de bouillon puis s’endormit d’un sommeil paisible. Peu à peu la fièvre tomba et au bout de quelques semaines on parla de convalescence…
« Vous voyez, dit le colonel à ceux qui le soignaient, il faut dire à vos malades de demander l’Extrême-Onction ! Elle m’a rendu deux fois la vie ! »

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